Catégories: Dossiers

LES ÉDULCORANTS, BONS OU MAUVAIS ALLIÉS ?

Aspartame, sucralose, stevia… ces noms résonnent régulièrement dans le paysage médiatique français.

En effet, les édulcorants sont souvent au coeur de certaines polémiques du monde agro-alimentaire. Mais que sont-ils ? À quoi servent-ils ? On trouve aujourd’hui des édulcorants dans de nombreux produits alimentaires : produits allégés, sodas lights, mais plus précisément dans les fameuses “sucrettes”… Ils ont pour but d’apporter une saveur sucrée aux denrées alimentaires, quasiment sans ajouter de calories.

Les édulcorants sont indiqués par leur nom (Aspartame, Mannitol…) ou bien par leur code européen d’additif (E950, E951…). Il existe plusieurs types d’édulcorants (voir annexe 1) : les édulcorants de charge (appelés aussi polyols) et les édulcorants de synthèse (intenses) qui possèdent des propriétés différentes.

Annexe 1Classification d’édulcorants (Promotion Santé Suisse)


Les édulcorants de charge (sorbitol, mannitol, lactitol, xylitol…) sont des substances au goût sucré, produits à partir de matières premières naturelles. Ils sont partiellement absorbés par l’intestin et y sont retenus, ce qui rend presque nul leur apport calorique. Les édulcorants de synthèse sont également des substances au goût sucré, mais sont fabriqués synthétiquement par les industries (aspartame, isolmat, saccharine, sucralose, thaumatine…). 

Les édulcorants ne font pas partie de la famille des glucides, puisque leur valeur nutritionnelle est nulle (ou quasiment nulle), raison pour laquelle ils sont dits “non caloriques”.

Il faut savoir que les édulcorants font sans cesse l’objet de critiques au sein de l’opinion publique. Néanmoins, rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que les édulcorants intenses présentent un risque pour la santé. En effet, les preuves scientifiques disponibles sont insuffisantes pour cela, d’où leur autorisation sur le marché. On recommande toutefois de faire un usage modéré et réfléchi des aliments et boissons édulcorés, en respectant les doses journalières admissibles et ce dans le cadre d’une alimentation équilibrée.

1. Les édulcorants : Une découverte “minceur”

A. Des découvertes innovantes

Dans une dimension historique, la recherche du goût sucré existe depuis toujours : tout d’abord, la nature a fait du goût sucré un puissant moteur du comportement alimentaire. De plus, le sucre entraîne les mêmes mécanismes de récompense que certaines drogues (le neurotransmetteur en cause : la dopamine). Dès nos premières expériences gustatives dans notre enfance, nous avons donc naturellement aimé et recherché le sucré. Certains pensent même que ce phénomène est lié à notre évolution darwinienne : très peu d’aliments sucrés (fruits) sur Terre sont vénéneux ou toxiques. Donc lorsque nous mangeons quelque chose de sucré, un signal ancestral nous rappelerait que c’est un aliment sûr. 

Les édulcorants existent depuis l’Antiquité avec la découverte du Sapa (vin fermenté cuit dans un récipient en plomb et qui produisait des cristaux blancs d’acétate de plomb au goût sucré). Cette quête du goût sucré est donc bien antérieure aux édulcorants actuels. Les physiologistes parlent d’une quête “innée”, puisque l’idée même d’édulcorant, au sens de “produit remplaçant le sucre”, est très ancienne.

La saccharine est le plus ancien des édulcorants artificiels, découverte accidentellement en 1879 par Remsen suite à une recherche sur les composés chimiques du goudron de houille. La saccharine possède un pouvoir sucrant 300 à 400 fois plus élevé que le sucre de table (mais elle présente un arrière-goût métallique ou amer déplaisant).

Plus récemment, un grand classique fut découvert en 1965 : l’aspartame. Une découverte un peu hasardeuse, par J. Schlatter, qui a lieu lors de la synthèse d’un tétrapeptide qui devait être testé comme médicament anti-ulcères. 

D’autres découvertes ont suivies, pour en arriver à pas moins d’une centaine d’édulcorants de nos jours ! Mais le véritable essor des édulcorants ne date vraiment que des années 1990 dans notre alimentation.

En effet, en France ils sont mis à portée de tous vers la fin des années 1980, lorsque leur vente est autorisée en grande surface, et non plus uniquement dans les pharmacies. Les personnes voyaient alors s’offrir à eux des perspectives de minceur innovantes, simples, peu coûteuses et surtout sans privations. 

C’est en 1988 que les industriels ont l’autorisation de les utiliser dans leurs produits afin de diminuer les teneurs en sucre sans pour autant impacter le goût sucré. Ce fut le point de départ (encore inachevé) des polémiques autour de ce produit “miracle” : l’édulcorant.

B. Un objectif minceur

Les calories… une hantise que grand nombre de personnes partagent. Il a donc été naturel de se tourner vers ce nouvel allié tout droit sorti de nos laboratoires (laboratoires que l’on associe souvent à la médecine, donc produit totalement “inoffensif”). Une substance “zéro calories” mais apportant le goût sucré que l’on recherche tant, une douce annonce qui n’est pas passée inaperçue. Il est devenu courant d’entendre “parce que c’est moins caloriques” quand on demande à quelqu’un qui utilise des sucrettes pourquoi il en consomme. Cette opinion se retrouve depuis des dizaines d’années, avec l’apparition de cet allié minceur. Nombreux professionnels ont d’ailleurs donné raison à ces dires, en tentant de prouver l’innocence des ces substances.

Depuis 40 ans, le principal “faux sucre” zéro calories est l’aspartame, un produit obtenu par synthèse chimique. Beaucoup d’études lui ont fait mauvaise publicité : apparition de cancers chez les rats qui en consomment trop, ou accouchement prématuré chez les femmes enceintes entre autres. Pour ne pas en consommer de manière dangereuse, depuis 2015 les doses journalières admissibles sont de 40 milligrammes par kilo de poids de corps et par jour. Une personne de 60kg peut donc ingérer 2200 milligrammes d’aspartame par jour, ce qui équivaut à peu près à une trentaine de canettes de soda light. Les professionnels montrent ainsi que c’est une consommation à priori inatteignable, et qu’en moyenne la population n’en dépasse pas 15% par jour.

La centaine d’édulcorants présente sur le marché rend ce lobby d’autant plus accessible à tout un chacun. Lorsque l’on veut en éviter un, il y en a peut être un autre dans le produit suivant… Mais encore faut-il vouloir y faire attention, ce qui n’est pas le cas de tous. 

Au contraire, certains veulent volontairement en consommer et y voient un potentiel de minceur inestimable. En effet, aucunes études prouvent encore véritablement que les édulcorants sont nuisibles à notre santé. La population s’est donc naturellement tournée vers ses bienfaits, à savoir “offrir le sucre sans le sucre”. Ces découvertes ont permis d’obtenir des armes contre le surpoids, l’obésité et le diabète. Les édulcorants ont alors pris une place essentielle dans l’alimentation mondiale.

Bon nombre de personnes s’en servent pour faire attention à leur glycémie (et donc diabète si c’est le cas), à leur poids, à leur équilibre nutritionnel… 

De plus, le pouvoir sucrant des polyols est beaucoup plus important que celui du sucre de table que l’on connaît : le sucre classique (saccharose) possède un pouvoir sucrant de 1. Les édulcorants de synthèse quant à eux ont un pouvoir sucrant très supérieur (de 150 à 2500 fois, selon celui qu’on utilise). De ce fait, la quantité nécessaire pour apporter la même saveur sucrée est largement inférieure.

C. Mais des débuts déjà difficiles

Malgré tous les présupposés bienfaits des édulcorants, certains points restent encore discutables, ce qui n’a pas échappé aux professionnels de la santé. Les joies de ces découvertes ont alors laissé place aux doutes, voir aux méfiances de certains consommateurs.

Tout d’abord, nombreuses ont été les études qui, voulant prouver les vertues des édulcorants, ont été critiqué. En 2013 par exemple, Almiron-Roig et al. (qui ont été mentionné par l’Anses) évaluent que la consommation d’aspartame en substitution des sucre se conclut d’une réduction moyenne de l’apport énergétique de 220 kcal par jour. De plus, les auteurs indiquent que cette substitution serait plus efficace dans les aliments liquides que dans les aliments solides, car l’énergie apportée par des boissons serait moins satiétogène que celle apportée par des aliments solides. Cependant, les résultats de cette recherche doivent être abordés avec réserve, en raison de nombreuses limites méthodologiques : en se penchant avec plus de précision, il s’avère que cette recherche est en réalité une méta-analyse. Un manque d’informations essentielles sur la démarche de sélection des articles, sur l’évaluation de la qualité des articles, et sur les statistiques appliquées pour évaluer l’hétérogénéité des données prises en compte sont indéniables.

Un autre exemple, la saccharine : même en étant éliminée du corps par le système digestif sans passer dans le sang, elle a fait l’objet de questionnement, notamment la question de son innocuité. De plus, depuis les années 1960, plusieurs études suggèrent qu’elle pourrait être cancérigène chez l’animal. Ces études ont poussé le Japon à interdire la saccharine (ainsi que le cyclamate), et à se lancer dans la culture de la Stévia rebaudiana dans les années 1970. Les craintes se poursuivirent en 1977, notamment avec la publication d’une étude indiquant une augmentation des cancers de la vessie chez les rats soumis à de fortes doses de saccharine, ce qui contraint le Canada à interdire cet édulcorant. La FDA (Food and Drug Administration) proposa également de l’interdire aux États-Unis, mais puisque c’était le seul édulcorant artificiel disponible à l’époque, l’interdiction s’opposant une forte hostilité de la part de la population (notamment chez les diabétiques). 

Néanmoins, le sérieux des études datant de 1977 a été critiqué, en raison des doses ridiculement élevées qui ont été consommés par les rats : elles étaient plusieurs centaines de fois supérieures à celles qu’un être humain ingère en temps normal. D’autant plus que pour l’instant, aucune étude n’a démontré un risque pour la santé à des doses normales.

2. Une découverte pourtant dangereuse

A. Des effets en partie connus

Tous les jours nous consommons des édulcorants sans forcément le savoir et parfois même en le sachant pertinemment d’ailleurs. Les stigmatisations qui en découlent ont parfois des fondements plus qu’intéressants.

Commençons tout d’abord par les effets secondaires connus des édulcorants synthétiques : généralement, l’effet le plus rencontré est l’arrière goût amer. Il existe également des cas rares d’allergies.

De plus, l’ignorance des consommateurs peut faciliter certaines omissions : par exemple, les édulcorants de charge (qui sont des dérivés du sucre) se trouve généralement dans des confiseries, souvent étiquetées “sans sucre” alors que ça signifie réellement “sans saccharose”. Les édulcorants de charge ne sont donc pas obligatoirement des édulcorants sans calories, information que tout le monde ne connaît pas nécessairement. Par ailleurs, d’autres effets secondaires existent, notamment avec une consommation excessive de polyols qui peut entraîner des ballonnements voir des effets laxatifs.

La difficulté d’accorder une confiance aux édulcorants est d’autant plus malaisée qu’il faut effectuer le tri parmi la centaine d’édulcorants référencés. Mais cette multitude de choix n’enlève en rien à un autre effet néfaste principal : le fait de tromper le corps. En effet, en psychologie nous parlons souvent de conditionnement (pavlovien). Le corps humain ne déroge pas à cette règle : nous savons que lorsque nous ingérons du sucre, le corps produit de l’insuline (le sucre est le stimulus, et l’insuline la réponse inconditionnelle). De ce fait, notre corps a associé le goût sucré à la production d’insuline, et en produit dès lors que ce goût est détecté par les papilles gustatives de la langue. Sauf qu’avec l’existence des édulcorants, le goût sucré est possible sans qu’il y est présence de sucre. Le corps est alors dupé, et produit de l’insuline quand même à cause du conditionnement (même si il s’agit seulement d’une infime sécrétion).

Cet aspect intéressant a été étudié lors de la phase céphalique de la sécrétion d’insuline. Celle-ci correspond à la stimulation de l’insulinosécrétion avant toute absorption digestive des nutriments, par exemple lors de l’olfaction des aliments. Cette phase est dépendante du nerf vague. T. Just et al. ont souhaité savoir si les édulcorants pouvaient provoquer cette phase comme le font les glucides. Cela révèle une fois de plus que les effets in vivo des édulcorants sont moins anodins que ce qui est suggéré par les industriels.

D’ailleurs, les industries présentent souvent en avant la faible absorption digestive de la plupart des édulcorants (par rapport aux glucides alimentaires) comme un avantage métabolique. C’est négliger que, même si l’on consomme des édulcorants, nos repas contiennent encore des glucides. Les premiers interfèrent-ils avec l’absorption digestive des seconds ? Des études de O.J. Mace et al. prouvent que c’est effectivement le cas. Ils rappellent que les glucides alimentaires et les édulcorants sont détectés à la fois au niveau lingual mais également au niveau digestif par les mêmes récepteurs spécialisés comportant les sous-unités T1R, puis les médiateurs intracellulaires comme l’a-gustducine. L’activation de cette voie conduit à l’augmentation du calcium intracellulaire et à des effets cellulaires comme l’absorption du glucose. En effet, les auteurs montrent que les édulcorants augmentent l’expression du transporteur GLUT-2 sur la bordure en brosse des entérocytes, ce qui facilite l’absorption du glucose présent dans la lumière digestive. Ainsi, nous assimilons beaucoup plus de glucose, les édulcorants ne sont donc pas sans impact.

B. Mais un grand nombre d’effets néfastes restent en suspens 

La principale question demeure un mystère : qu’en sera-t-il sur le long terme ? En effet, tous ces édulcorants ne sont sur le marché que depuis quelques dizaines d’années, ce qui est très récent (par exemple la Stévia date véritablement de 2009). Les populations ne possèdent donc pas de recul sur cette substance, et ne connaissent donc pas les véritables risques sur la durée.

De plus, les édulcorants pourraient même mener à du surpoids, voir du diabète : ils ne sont certes pas caloriques, mais avec leur goût de vrai sucre ils ne règlent pas les problèmes de dépendance au sucre et pourraient même donner envie de consommer davantage du goût sucré, puisque c’est “sans limite”. Par ailleurs, certains édulcorants comme les polyols, du fait de leur teneur en calories et leur transformation en glucose dans l’organisme, doivent être consommés avec précaution chez certaines populations pour ne pas risquer d’aggravations. En effet, au-delà des polémiques sur leur nocivité, les édulcorants ne sont pas si neutres que cela sur le plan métabolique. L’emploi des polyols doit être raisonné chez les personnes en surpoids et/ou diabétiques, puisque les édulcorants augmentent l’absorption intestinale du glucose, peuvent stimuler la phase céphalique de la sécrétion d’insuline et sont reconnus différemment des glucides par le cerveau. De plus, ils n’ont aucun effet délétère ni bénéfique sur l’équilibre glycémique et leur emploi n’est pas recommandé dans les prises en charge diététiques. Les mentions “sans sucre” de certains produits ne doivent donc pas rassurer les patients. 

L’opinion sur les mentions des édulcorants engendre des divergences jusque chez les industriels : en France, l’entreprise Merisant (fabricant de l’édulcorant Canderel, à base d’aspartame) avait porté plainte en 2006 contre deux slogans commerciaux de Splenda, et a obtenu gain de cause en 2007. Le tribunal a jugé que le slogan “provient du sucre et a un goût de sucre” induirait le consommateur en erreur en le conduisant à croire que ce produit était extrait du sucre et qu’il était plus naturel que les autres édulcorants de synthèse. Il est donc important que la population soit correctement informée sur ce qu’elle ingère.

3. Alors, quel avenir pour les édulcorants ?

A. Dans une société de plus en plus concernée

Il est devenu normal de se préoccuper de sa santé, et les professionnels et industriels l’ont bien compris. D’un côté, les professionnels réalisent des recherches et mettent en place des doses journalières admissibles (DJA), tandis que les industriels se tournent de plus en plus vers le naturel et le bio.

Tout d’abord, pour garantir la santé des consommateurs une “dose journalière admissible” a été déterminée, qui propose quantité consommable maximale par jour sans provoquer de risques. Pour l’établir, la sécurité des édulcorants est d’abord évaluée grâce à une série d’études in vitro et in vivo chez l’animal, ainsi que sur base de données humaines. Puis, les scientifiques déterminent la dose sans aucun effet néfaste chez l’animal, et enfin cette dose est divisée par 100 (facteur de sécurité) pour arriver à la dose sûre pour la population humaine. Ainsi, chaque édulcorant ont une dose journalière admissible spécifique : par exemple, l’acésulfame-K doit être consommé jusqu’à 9 mg par jour (Annexe 2).

Annexe 2 : Doses journalière admissibles des principaux édulcorants, www.edulcorants.eu (2015)

Caricaturer un tableau noir sur les édulcorants n’est pas non plus leur rendre justice. Par exemple, avec la montée de l’obésité et du diabète aux États-Unis, le marché du light et des boissons allégées vit un véritable essor. Les personnes ayant conscience de la potentielle dangerosité des édulcorants et sachant se contrôler peuvent à priori en consommer en toute quiétude, en impactant ni leur pathologie ni leur santé et en se libérant peu à peu de l’emprise du saccharose. 

De plus, une littérature luxuriante existe sur ces sujets (notamment concernant le diabète), et dévoile des études qui prouvent que les édulcorants intenses n’ont pas d’effets délétères sur les paramètres glycémiques des patients diabétiques de type 1 ou 2. Mais cela ne veut pas dire qu’ils aient des effets bénéfiques puisqu’aucune amélioration de l’équilibre glycémique n’a été constatée lors de leur emploi.

Une autre perspective d’avenir pour les édulcorants est leur utilisation non alimentaire : en effet, ils ne servent pas qu’à l’alimentation humaine. Certains sont utilisés dans diverses branches de l’industrie, mais beaucoup le sont dans le domaine pharmaceutique. C’est alors moins leur pouvoir sucrant qui est recherché mais plutôt leur aptitude à masquer l’amertume d’autres molécules. 

Les industriels quant à eux ont bien compris qu’il était nécessaire de s’éloigner de la spirale chimique et de se tourner vers des produits naturels pour rassurer les consommateurs. Dans ce domaine, comment ne pas citer la stévia ? En effet, l’aspartame fait place de nos jours à la stevia, un nouvel édulcorant d’origine 100% naturel. Ce faux sucre est extrait de la plante originaire d’amérique du sud, la  “Stevia rebaudiana”. À partir de ses feuilles séchées, on va en faire une infusion dans de l’eau, et la partie “sucrante” qui est à l’intérieur va passer dans l’eau. Par différents procédés de filtrations, on va extraire la molécule de rébaudioside A de cette eau : elle est à la plante ce que le saccharose est au sucre de canne. C’est elle qui possède un goût sucré d’une extraordinaire puissance. Néanmoins, il faut une tonne de feuilles sèches pour produire 100 kg de stévia pure. Mais selon les professionnels, cette surproduction est compensée par l’intense pouvoir sucrant : les 10g de stévia pure sont équivalent à 3 kg de sucre de table concernant le goût. Cette poudre serait donc 300% plus sucrante que le sucre traditionnel. Comme pour tout édulcorant mis sur le marché, il existe une dose journalière à respecter : on parle de 4 milligrammes par kilo de poids et par jour, c’est donc moindre que l’aspartame. La diffusion de la stévia est tellement rapide et profonde qu’on en vient à se demander si le sucre de betterave et de canne n’est pas lui-même menacé. La meilleure preuve de ce danger réside dans le fait que les grands sucriers investissent dans les édulcorants. Par exemple, en 2010, le groupe Cristal Union (marques Daddy et Erstein), le groupe Mane (acteur mondial des arômes et parfums), et la Société Lavollée SA s’associent dans la production, le développement et la commercialisation d’extraits de Stévia.

Dernier argument, et non des moindres, en faveur de l’édulcorant naturel qu’est la stévia : sa zone de production très étendue. La stévia a simplement besoin d’endroits humides et suppose donc une irrigation. En France, depuis le printemps 2010, on expérimentait la culture de la stévia dans l’Hérault pour en évaluer les coûts et cerner les ennemis potentiels de cette culture. D’ailleurs, certains affirment qu’elle pourrait être une alternative à l’arrachage des vignes. Le miracle de la stévia présente toutefois quelques limites, d’origines économique et technique. Le coût de production était dix fois supérieur à celui de l’aspartame au début des années 2000 (maintenant 2 fois plus seulement).

B. Finalement, pourquoi ne pas opter pour le sucre, le vrai ?

     Il est particulièrement difficile pour les scientifiques d’obtenir des données statistiques précises tant le marché de l’édulcorant évolue vite et dans une opacité consciencieusement entretenue par les principaux acteurs. 

Néanmoins, nos connaissances actuelles nous permettent tout de même de prendre un peu de recul, comme par exemple le fait que, pour rappel, certains édulcorants sont des dérivés du sucre et sont donc un peu caloriques (les polyols). Quitte à ingérer des calories, pourquoi ne pas favoriser le sucre ? D’autres questions comme celle-ci peuvent se poser, notamment en revenir à l’essentiel : en sachant que le sucre traditionnel est un glucide qui apporte de l’énergie à notre corps, est-il bon de toujours vouloir le remplacer par des édulcorants ? Marie-Chantal CANIVENC, toxicologue, déclare : “Avec les édulcorants, on a le goût sucré, mais on a pas cette énergie qui est due à la dégradation du sucre pour aller dire au cerveau “stop, j’ai assez mangé”. Donc on peut toujours avoir envie de manger. Il vaut mieux manger équilibré, apprendre à gérer sa consommation de sucre, plutôt que de se donner bonne conscience avec des boissons édulcorées light mais qui finalement ne répondront pas aux besoins de l’organisme”. Ce témoignage souligne également le fait qu’il n’y a pas simplement les professionnels de la nutrition qui sont concernés, mais que les édulcorants sont bel et bien une préoccupation généralisée.

Par ailleurs, il serait intelligent de favoriser le véritable sucre plutôt que les édulcorants sur le long terme, puisque l’on connaît avec sûreté les risques potentiels du saccharose, contrairement à son homologue chimique.

Indépendamment de cela, il faut garder à l’esprit qu’un grand nombre d’études favorables aux édulcorants sont souvent financées directement par un ou plusieurs industriels. En effet, en raison de l’existence des lobbies, il est difficile de se fier à certaines études dites “rassurantes”, et il vaut mieux en limiter leur usage pour la santé et même pour le palais ! D’ailleurs, pour les pâtissiers, le sucre et les édulcorants ne sont pas du tout comparables.

D’autant plus qu’au final, l’édulcorant est un produit qui est déclaré par les agences françaises comme nutritionnellement inutile puisqu’il n’apporte rien; il n’a donc pas réellement d’intérêt.

Pour l’instant, le problème des édulcorants ce n’est donc pas tant au niveau de leur toxicité mais au niveau du comportement alimentaire qui en découle. Cela peut parfois conduire à manger plus sucré et donc indirectement à faire potentiellement prendre du poids. Le plus flagrant étant que les gens qui en consomment pensent qu’ils contrôlent leur sucre, alors qu’au contraire ils en perdent le contrôle en remplaçant le produit par un autre et n’apprennent pas à gérer leur envie du goût du sucre.

Donc finalement, pourquoi ne pas rééduquer les gens à consommer simplement le sucre ? Tous les potentiels risques des édulcorants, ainsi que leurs propriétés purement chimiques contribuent à leur aspect rédhibitoire.

La véritable question d’aujourd’hui serait “est-ce que si on prend une seule sucrette de stevia tous les jours pendant 30 ans, quel serait l’impact ?”. Alors que pourtant, cette question ne se pose pas concernant le sucre, puisque l’on sait très bien que prendre un seul carré de sucre tous les jours pendant 30 ans n’affectera en rien notre santé et au contraire couvrira nos besoins nutritionnels.

4. Conclusion

Nous sommes actuellement à la croisée des chemins, et les industriels du sucre l’ont bien compris. Les verrous réglementaires concernant la stévia ont été supprimés entre 2008 et 2010, et ils ont laissé place à une liberté sur ce sujet pour les entreprises de l’agro-alimentaire.

L’avenir des édulcorants restent assez flous, étant donné que les informations sur ces substances sont encore assez contradictoires et engendrent un sentiment de méfiance. À cela s’ajoute le fait que la plupart des consommateurs gardent souvent à l’esprit qu’il s’agit de quelque chose de chimique.

Néanmoins, les édulcorants ne sont pas prêts de s’éteindre puisque de nouveaux objectifs fleurissent, notamment au niveau du “naturel”. La stévia pourrait rapidement être mise en concurrence avec d’autres extraits de plantes naturelles (la brazzéine, la monelline, la thaumatine, la lysozyme…), toutes faisant l’objet d’intenses recherches et de course aux brevets pour les produire industriellement.

Mais finalement, que ce soit sucres ou les édulcorants, mieux vaut les consommer avec modération !

Bibliographie

Experte en nutrition (titre RNCP Bac+5)

Discussions

Votre adresse email ne sera pas diffusée. Les champs marqués sont obligatoires.*

Articles récents

L’IMPORTANCE DE LA VITAMINE D

Le déficit en Vitamine D est l’un des principaux problèmes de santé publique aujourd’hui.  L’insuffisance… Lire la suite

octobre 22, 2020

LES AGPI ET LE SPORT

Les acides gras poly-insaturés sont essentiels à une alimentation équilibrée et présentent de nombreux bienfaits,… Lire la suite

octobre 20, 2020

ORTHOREXIE, QUAND MANGER SAIN DEVIENT UNE OBSESSION

Il va sans dire que notre organisme nécessite de la nourriture pour fonctionner. Devoir manger… Lire la suite

octobre 14, 2020
S'abonner à la newsletter