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COMMENT LA NUTRITION AFFECTE LA COGNITION ET L’ÉMOTION

Les dysfonctionnements cognitifs et émotionnels sont un fardeau croissant dans notre société. Les facteurs exacts et les mécanismes sous-jacents à l’origine de ces troubles n’ont pas encore été élucidés.

L’obésité est un phénomène mondial, avec environ 38% des adultes et 18% des enfants et adolescents dans le monde classés comme étant en surpoids ou obèses.

Même en l’absence d’obésité, une mauvaise alimentation est courante en raison de nombreux aliments qui sont hautement transformés, et qui sont donc dépourvus de polyphénols et d’antioxydants importants ou qui contiennent de niveaux bien plus faibles que ceux recommandés en acides gras polyinsaturés oméga 3. 

1. Consommation d’un régime riche en graisses: un facteur de vulnérabilité pour la mémoire hippocampique

Environ 12% de l’apport énergétique quotidien des adultes américains provient de graisses saturées et 13% de sucres ajoutés, bien plus que ce qui est recommandé (5 à 10%), ce qui a engendré l’augmentation de la prévalence de l’obésité chez les adultes.

Beaucoup de ces études, et d’autres, ont montré que les détériorations cognitives induites par un régime riche en graisses s’accompagnent de marqueurs ou de réponses neuroinflammatoires élevés dans l’hippocampe. Il a été démontré que des cytokines pro-inflammatoires significativement élevées détériorent divers mécanismes qui permettent la plasticité synaptique (comme la potentialisation à long terme), et donc la mémoire à long terme.

Sobesky et coll. a démontré qu’une alimentation riche en graisses amorce les cellules de l’hippocampe en élevant la corticostérone dans cette région, et cette hormone est un médiateur clé dans la sensibilisation de la microglie qui elle-même produit une réponse neuro-inflammatoire potentialisée aux défis immunitaires ou stressants ultérieurs, produisant ainsi des déficits cognitifs.

2. Les AGP oméga-3 alimentaires régulent la neuroinflammation : rôle dans les troubles de l’humeur et la cognition

L’EPA et le DHA sont les principaux acides gras insaturés à longue chaîne oméga-6 et oméga-3 trouvés dans le cerveau. Ils modulent la neurotransmission et la neuroinflammation qui sont des processus clés de la cognition et de l’humeur. Une fois libérés, ils sont métabolisés en médiateurs bioactifs. La conversion de l’EPA en plusieurs prostanoïdes est cruciale dans la progression de l’inflammation, y compris dans le cerveau. Le DHA est également métabolisé pour générer des métabolites aux propriétés anti-inflammatoires.

Une étude récente identifie que les patients dépressifs présentant un niveau élevé de marqueurs inflammatoires sont plus sensibles à la supplémentation en AGP oméga-3 à longue chaîne. Cette observation est très pertinente étant donné que ces AGP sont de puissants régulateurs de l’inflammation, qui est une composante cruciale des troubles de l’humeur.

Une autre étude menée par G.Fontani et al. en 2005 confirme les effets cognitifs et physiologiques de la supplémentation en AGP oméga-3 chez des sujets sains, avec une vigueur accrue et une réduction des états de colère, d’anxiété et de dépression.

3. Les interventions diététiques avec des aliments riches en polyphénoliques peuvent améliorer les déficits neuronaux et comportementaux associés au vieillissement

La neuroinflammation se produit localement dans le cerveau; cependant, les cellules inflammatoires périphériques et les médiateurs inflammatoires circulants (par exemple, les cytokines) peuvent également s’infiltrer dans le cerveau, et cela se produit plus facilement avec l’âge.

Les plantes, en particulier les plantes colorées à fruits ou à légumes, contiennent des composés polyphénoliques qui ont de puissantes activités antioxydantes et anti-inflammatoires.

Les études épidémiologiques qui se sont concentrées sur la consommation de fruits et légumes et la fonction cognitive ont également largement montré qu’une consommation adéquate peut empêcher le déclin cognitif. Plus précisément, une consommation accrue de bleuets et de fraises, ainsi qu’une augmentation de la consommation d’anthocyanidines et de flavonoïdes totaux, ont été associées à un ralentissement du taux de déclin cognitif jusqu’à 2,5 ans.

En outre, une étude plus large en France a identifié une relation entre un apport plus important en flavonoïdes et un déclin cognitif plus lent sur une période de dix ans.

La consommation de ces aliments riches en polyphénols peut être une autre stratégie qui s’est avérée bénéfique, en particulier dans le contexte du vieillissement, avec l’inversion des déficits neuronaux résultant de la neuroinflammation.

Conclusion

Certains mécanismes de l’influence du régime alimentaire sur l’humeur et la cognition ont été mis en évidence, ainsi que les manifestations comportementales qui peuvent en découler.

L’amélioration de la cognition tout au long de la vie et dans la période de vieillissement peut être possible avec de simples interventions diététiques. Ces données soulignent la nécessité de se concentrer davantage sur la recherche et le développement de stratégies nutritionnelles pour limiter les troubles cognitifs avec le vieillissement. Les aliments riches en polyphénols sont un autre exemple dont il a été démontré qu’ils présentent des avantages, en particulier dans ce contexte.

Bibliographie 

  • Drover, J., Hoffman, D. R., Castaneda, Y. S., Morale, S. E. & Birch, E. E. Three randomized controlled trials of early long-chain polyunsaturated fatty acid supplementation on means-end problem solving in 9-month-olds. Child Dev. 80, 1376–1384 (2009).
  • Vauzour, D. (2014). Polyphénols et neuroprotection : où en sommes-nous aujourd’hui ? Cahiers de Nutrition et de Diététique, 49(4), 181–187
  • G.Fontani, F. Corradeschi, A. Felici, F. Alfatti, S. Miglioriniand L. lodi. Cognitive and physiological effects of Omega‐3 polyunsaturated fatty acid supplementation in healthy subjects. European journal of clinical investigations. 35, 691-699 (2005).
  • McGeer, P. L. & McGeer, E. G. The inflammatory response system of brain: implications for therapy of Alzheimer and other neurodegenerative diseases. Brain Res. Brain Res. Rev. 21, 195–218 (1995).
  • Letenneur L, Proust-Lima C, Le Gouge A, Dartigues JF, Barberger-Gateau P. Flavonoid intake and cognitive decline over a 10-year period. Am J Epidemiol. 2007 Jun 15;165(12):1364–1371.

Experte en nutrition

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  • Bonjour et merci pour ce superbe article tres intuitif et parfait Yasmine , bon courage pour la suite
    Hate de lire le prochain article
    A bientot

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    • Bonjour, ça me fait énormément plaisir que cet article vous ait plu! Merci pour votre commentaire très encourageant !
      À bientôt,

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